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Possibilités, un dialogue entre l’art et l’économie – Travail – vacances – travail – vacances – travail – vacances par Mathieu Dufour

(english translation below)

par Mathieu Dufour, Professeur, Université du Québec en Outaouais
Depuis la discussion créative avec Camille Lefebvre, artiste visuel et en architecture
Nom de l’œuvre Récompense

Les vacances… Repos, récompense, espoir, hâte, rêve… Évasion. Évasion de quoi ? Évasion pourquoi ?

Le travail humain est au centre du processus de production, lui-même à la base de l’activité économique. Pour faire des produits, effectuer des services, il faut l’application d’une force de travail humaine. En régime capitaliste, le travail acquiert une qualité de marchandise – les individus vendent leur force de travail à des entreprises, qui les rémunèrent en échange de leurs efforts. Le travail effectué, que ce soit de visser des boulons ou de programmer des jeux vidéo, a une nature précise, mais celle-ci est subordonnée à une logique de profitabilité. L’important, pour la compagnie, c’est de générer un produit avec lequel elle pourra faire un profit ; elle demandera donc à ses employés de faire le travail nécessaire, quel qu’il soit. L’employé, en retour, fera le travail entre autres parce que c’est une des principales manières par lesquelles il pourra avoir accès à une part de ce qui est produit globalement par la société.

En régime capitaliste, donc, une bonne partie du travail est faite pour d’autres, en échange de bons de consommation. Ce travail peut être agréable ou astreignant, il demeure utilitaire du point de vue de l’employeur. Il essaiera d’en retirer le plus possible au moindre coût possible. Dans certains contextes, ça pourra vouloir dire de longues heures de travail harassantes, dans d’autres une certaine liberté créatrice, mais dans tous les cas, l’idée demeure de s’assurer d’avoir un processus de production profitable. En même temps, il faudra bien s’assurer que les employés fassent du bon travail… Il faudra donc les surveiller, mais également leur donner du repos ou encore s’assurer d’une certaine bonne volonté de leur part. À cet égard, la promesse de vacances périodiques, peut-être au soleil sous les palmiers, fait office à la fois de récompense, mais également de soupape, de moyen par lequel la force de travail pourra se régénérer.

Le travailleur ou la travailleuse se retrouve donc dans une situation où les fruits de son travail ne lui appartiennent pas, où il ne contrôle pas l’organisation de processus de production ni ne choisit le travail à effectuer. Ce manque de contrôle sur la finalité du travail, les conditions de travail et le produit en lui-même peut provoquer un sentiment d’aliénation chez le travailleur. Le fait qu’on le rémunère en échange de son travail ne comblera pas nécessairement les frustrations d’un quotidien passé à travailler pour d’autres. Dans ce contexte, augmenter son revenu et consommer davantage, si cela peut faire oublier temporairement les vexations quotidiennes, n’arrange fondamentalement rien à l’affaire. En fait, il ou elle peut même y avoir un cercle vicieux : une augmentation de la consommation amène à travailler plus pour la financer, ce qui génère en retour d’autres besoins de compensation via la consommation…

Comment briser le cycle? On peut être tenté de s’évader, disons quotidiennement via des pauses café ou des heures moins longues, annuellement via des vacances. La réduction du temps de travail fut et demeure au cœur des luttes ouvrières. Il y a néanmoins quelque chose de paradoxal dans la notion de vacance : on accepte de travailler en échange de la possibilité de ne pas le faire pendant une période de temps donnée à chaque année, période à laquelle on rêvera le reste du temps d’autant plus que le travail quotidien sera aliénant. D’une certaine manière, les vacances, évasion temporaire, ne permettent pas vraiment de s’affranchir de la situation de manière durable et le travailleur ou la travailleuse reste pris dans une logique de travail aliénant compensé par de la consommation. C’est un peu cet état de chose qui est représenté dans l’œuvre devant vous.

Pourrait-on imaginer une cassure plus radicale? Difficile de le faire chacun de notre côté. Plusieurs rêvent de devenir leur propre patron, par exemple, mais peu y parviennent… Peut-on penser à un processus d’émancipation collectif comme une généralisation du modèle coopératif ? Quoi qu’il en soit, par l’illustration d’un aspect de la situation présente nous avons voulu susciter une réflexion sur la nature du travail en régime capitaliste, laissant le soin au public d’imaginer des moyens de s’affranchir de ses aspects plus aliénant. La parole est à vous !

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Work – Holidays – Work – Holidays – Work – Holidays

by Mathieu Dufour, Professor, Université du Québec en Outaouais
Inspired by a creative discussion with Camille Lefebvre, visual artist
Name of the artwork Reward

Vacations… Rest, reward, hope, longing, dream… Escape. Escape from what? Escape why?

Human work is at the center of the production process, itself the base of economic activity. To produce goods, provide services, you need to apply human work force. In a capitalist economy, work itself becomes a merchandise: individuals sell their work force to corporations, which pay them in exchange. The work performed, be it fastening bolts or programming video games, has a specific nature, but it is subordinate to a logic of profitability. The main objective of any corporation is to generate a product with which it will make a profit. So the employer asks the employee to perform the necessary work, whatever it is. The employee, in return, will do the job mostly because it is one of the main ways by which he or she can have access to part of what is collectively produced by society.

In a capitalist regime, then, a large part of the work is done for others, in exchange for “purchasing tickets”. The work can be either agreeable or exacting, but from the point of view of the employer, it remains strictly utilitarian. The boss will try to get the most work at the lowest possible cost. In some cases, this can mean long, stressing work hours, in others, allow for a certain creative freedom, but in all cases, the idea is to get a profitable production process. At the same time, management has to make sure that employees are doing a good job. So they need to watch them, but also let them have some rest, in addition to ensure some good will on their part. To that effect, the promise of periodic vacations, maybe under the sun and palm trees, constitute at the same time a reward and a safety valve, a conduit through which work force can be regenerated.

The worker is then in a situation in which the fruit of his labour does not belong to him/her, the control of the production process escapes him/her, and he or she has no choice about the work to be done. This lack of control on the finality of work, working conditions and the product itself can induce a feeling of alienation. The fact of being paid in exchange for work will not necessarily compensate for the daily frustration of working for others. In this context, increasing your revenues and consuming more, even if it can curb temporarily the everyday vexation, will do nothing to improve the basic situation. In fact, it can even spin into a vicious circle: increased spending calls for more work in order to pay for it, which triggers further needs for compensation via spending…

How to break the circle ? One can be tempted to escape either on a daily basis via long coffee breaks or a shorter work schedule, either on a yearly scale through vacations. Reducing work time has always been – and still is – at the heart of union struggles. Yet, there is something paradoxical with the very concept of vacation: a person accepts to work all year long in exchange for the privilege of not working for a short period of time. And you will spend your entire year dreaming about that escape time, only more so if your daily work is alienating. In a way, vacations, being a temporary escape, do not liberate you from your predicament in a long-lasting fashion, so that the worker remains stuck in a logic of alienating work compensated by consumption. That peculiar state of affairs is somehow illustrated in the artwork proposed here.

Could we imagine a more radical breakthrough? Difficult to do so, as long as each of us stays alone. Many dream of becoming their own boss, but few actually succeed… Can we consider a collective emancipation process through some widespread adoption of the cooperative model? Whatever avenues you wish to explore, by illustrating an aspect of the current situation, we hope to bring about a reflection on the nature of work in a capitalist economy, leaving the viewer with the challenge of figuring out ways to free people from its most alienating aspects. It is your turn to speak up!

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