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Penser l’anticapitalisme : comparaison de la critique radicale de la valeur et de la décroissance soutenable par Charles Guay-Boutet

Penser l’anticapitalisme : comparaison de la critique radicale de la valeur et de la décroissance soutenable

Résumé : La crise financière de 2008 semble avoir insufflé un regain aux discours anticapitalistes en Occident. Parmi ces discours, deux se singularisent par leur radicalité : le courant français de la décroissance et la critique radicale de la valeur (wertkritik) allemande. Outre leur radicalité respective, quatre dimensions fondamentales semblent propices à une comparaison de ces deux courants. L’objectif de ce texte est double. D’un point de vue descriptif et politique, nous voudrions d‘abord faire découvrir la pensée et la cohérence discursive de deux discours contemporains radicalement anticapitalistes. Ensuite, d’un point de vue analytique, nous chercherons à montrer la pertinence d’une comparaison de ces deux courants sur quatre dimensions qui nous semblent pertinentes pour nous-mêmes réfléchir l’anticapitalisme : 1) une origine marxiste commune, réflexivement reprise par une critique des prémisses productivistes du marxisme traditionnel 2) l’identification d’une borne, tantôt interne (crise de la valorisation) tantôt externe (effondrement écologique) limitant la possibilité historique pour le capitalisme de se reproduire 3) une critique catégorielle et historique des catégories rendant compte de la pratique sous le capitalisme 4) les difficultés à indiquer une pratique militante dans le contexte d’une critique fondamentale du capitalisme, identifié comme système totalisant et totalitaire. Nous espérons que notre lecture comparative suscitera d’autres initiatives de comparaison des courants intellectuels et militants critiques du capitalisme, identifiant les convergences possibles et les points de rupture parmi le foisonnement des initiatives progressistes contemporaines.

Avant-propos

La crise sociale (montée des inégalités économiques) et environnementale (pronostics pessimistes du GIEC sur l’évolution du climat) laissent deviner la présence, au sein du capitalisme financiarisé, de contradictions autant sociales qu’écologiques : les bornes physiques de la planète pourraient ne pas pouvoir supporter le mode de développement capitaliste et celui-ci amplifierait les antagonismes sociaux. Contre la continuation de ce système, un foisonnement touffu d’idées ont fait renaître la critique du capitalisme depuis son déclin relatif suite à l’implosion de l’URSS : municipalisme, écologie, etc. Or, parmi ces groupes et propositions, deux d’entre elles semblent se singulariser : la décroissance soutenable (ou conviviale) telle que développée en France,[1] notamment par Latouche, et la critique radicale de la valeur, connue en Allemagne sous le vocable de «wertkritik» (littéralement, «critique de la valeur»). En dépit des divergences opposant ces courants, la décroissance insistant sur la nécessaire déprise individuelle par rapport au système par un nouveau rapport à la consommation tandis que la wertkritik se concentre sur l’analyse de sa chute inéluctable sans préciser de praxis révolutionnaire, nous entendons, dans ce texte, comparer ces deux courants sur quatre dimensions précises, faisant le pari que leur mise en rapport sera théoriquement éclairante en montrant les occasions de dialogue théorique et politique possible entre ceux-ci ainsi que les impossibilités d’un tel dialogue selon la dimension considérée. Cette mise en dialogue possible sera articulée autour de quatre dimensions fondamentales, lesquelles donnent parfois lieu à des symétries mais aussi des divergences théoriques : qu’il s’agisse des origines intellectuelles, des bornes identifiées comme limitant la possibilité historique du capitalisme à se poursuivre, la critique des catégories épistémologiques utilisées pour le justifier ou le projet politique proposé pour le dépasser, la wertkritik et la décroissance dialoguent et s’opposent à la fois.

Pour soutenir notre thèse, nous procéderons de la manière suivante. Autour des quatre dimensions ci-haut identifiées, nous présenterons les analyses propres à ces deux courants tout en essayant de mettre en évidence les points de convergence et de divergence entre ceux-ci. La méthodologie employée a consisté à identifier quatre «clés» de lecture, ou «dimensions» théoriques traitées par les deux courants et structurer les analyses et propositions autour de ces dimensions. Procédant ainsi, nous avons été en mesure d’identifier les convergences et les divergences que nous tenterons de mettre en évidence.

  1. Une origine commune : critique sociale et anthropologique

Dans cette section, nous voudrions montrer que la wertkritik et le courant français de la  décroissance partagent une même origine, c’est-à-dire une volonté de réactiver une analyse critique du capitalisme autour d’un horizon politique commun, le dépassement du capitalisme,[2] tout en critiquant le marxisme orthodoxe dont ils sont issus.

1.1 Wertkritik : Critique du marxisme traditionnel et des médiations capitalistes

La critique radicale de la valeur prend son origine dans une relecture fondamentale de l’œuvre de Marx par le groupe Krisis en Allemagne et Moishe Postone aux États-Unis, inspirée par une branche théorique spécifique du marxisme : l’École de Francfort. Celle-ci serait plus attentive à manifester l’aliénation des agents sociaux dans le capitalisme par-delà le conflit de classes et à manifester la filiation hégélienne de Marx. Sans que, vraisemblablement, Postone et le groupe Krisis aient dialogué avant tout récemment, une commune critique les oppose à un marxisme dit «traditionnel», c’est-à-dire l’école du matérialisme historique ayant fait de la critique marxienne de l’économie politique classique une série de catégories positives fondant une économie politique «alternative».[3] Alors que Marx aurait, particulièrement dans le premier chapitre du Capital, critiqué le «fétichisme» de la société capitaliste  (qui consiste à voir dans la «marchandise» et la «valeur», des rapports entre choses plutôt qu’entre personnes) et plus généralement les médiations sociales abstraites sous le capitalisme,[4] le marxisme traditionnel aurait essentiellement reconduit ce fétichisme au XXe siècle pour en faire des catégories positives d’analyse et des bases de revendications pour le prolétariat contre le capital : créateurs de valeur, celui-ci serait son ayant-droit.[5] Pour Postone, ce qui caractérise analytiquement le marxisme traditionnel est d’avoir conçu le capitalisme essentiellement comme un rapport social contradictoire de domination du travail (forces productives) incarné par le prolétariat vis-à-vis le capital (les moyens de production privés) incarné par le capitaliste.[6] Or, beaucoup plus vaste, la critique du capitalisme de Marx serait une critique des médiations sociales abstraites dominant les hommes spécifiquement sous le capitalisme, c’est-à-dire la domination par des mécanismes produits socialement par les agents sociaux mais qui, aliénés, en viendraient à les dominer et à contraindre leur agir par-delà l’antagonisme de classes,  telles la valeur, la marchandise, l’argent et le travail.[7]  Ainsi, la critique portée sur le travail se concentre sur le fait que, dans une société capitaliste, la médiation «travail» en vient à résumer l’essentiel du lien social :

[…] on dira que le travail est le principe de la synthèse sociale. Autrement dit, il n’y a d’autre lien social dans la société moderne, dans la société de production de marchandises, que le lien constitué par l’échange marchand : puissance de travail contre salaire, bien contre argent, etc. Les humains n’ont d’autre lien social que celui créé par la marchandise. […] n’est pas un fait de nature, mais le résultat d’un système de rapports sociaux propres à une société donnée.[8]

C’est donc la domination des hommes et des femmes par les médiations abstraites qui seraient la fondation de la critique et permettraient de rendre compte analytiquement du capitalisme comme force aveugle de croissance démesurée qui assujettirait la valeur d’usage, correspondant à la richesse qualitativement réelle d’une chose, à la forme historique capitaliste de valeur, abstraite, quantitative, devenue réelle sous le capitalisme:

Parce que la marchandise se fonde sur le travail abstrait et la quantité abstraite, on peut appeler la société marchande une société de l’abstraction. Les abstractions (comme le travail abstrait, transformé en valeur et en argent) y sont devenues des réalités matérielles […].[9]

La logique sociale de la marchandise soumet la valeur d’usage, c’est-à-dire les propriétés matérielles et qualitatives d’un objet se résolvant dans la consommation subjective, à n’être que le support matériel de la valeur d’échange, seule valeur essentielle au système capitaliste marchand en ce que celle-ci est quantifiable et échangeable universellement. C’est donc le système historique du capitalisme, celui de la domination par des médiations abstraites où le lien social est soumis à la relation salariale (et donc, au travail abstrait) par laquelle les individus ont accès aux marchandises qui est au centre de la critique marxienne ainsi réinterprétée :

L’analyse marxienne de la spécificité du travail sous le capitalisme montre en réalité que la production n’est pas un processus purement technique ; la production est intimement liée aux rapports sociaux de base de cette société […] Il est donc impossible de comprendre cette société seulement en termes de marché et de propriété privée. Cette réinterprétation de la théorie de Marx jette les bases d’une critique de la forme de production et de la forme de richesse (c’est-à-dire la valeur) qui caractérisent le capitalisme et ne met pas seulement en question leur appropriation privée. Elle définit le capitalisme comme une forme de domination abstraite liée à la spécificité du travail dans cette société et localise dans cette forme de domination le fondement social ultime de la «croissance» aveugle […].[10]

Le marxisme traditionnel, loin de remettre en cause les fondements catégoriels du capitalisme, aurait essentiellement reconduit ceux-ci au cours du «développement de rattrapage» qu’a connu l’Union soviétique de 1917 à 1991, que  Robert Kurz du groupe Krisis et Postone associent à une forme étatisée de développement capitaliste. Une fois cette critique faite, il s’agit pour la wertkritik de repenser l’émancipation sociale mais non pas à la façon du marxisme traditionnel, c’est-à-dire libérer le travail de la contrainte du capital, mais en tentant de repenser l’émancipation des médiations elles-mêmes, par des pratiques encore à inventer.

La wertkritik ne forme pas un courant intellectuel et politique uni. Des divisions profondes ont amené une partie des premiers animateurs de la revue Krisis, dont l’un de ses principaux animateurs Robert Kurz, à se scinder en fondant une deuxième revue, Exit!. Parmi les critiques divisant ce courant, Kurz formule d’âpres critiques contre la revue viennoise Streifzüge et son animateur Andreas Exner, plus enclin à insister sur la borne externe du capitalisme que représente l’épuisement des ressources naturelles par la production capitaliste, tandis que pour Kurz, la limite historique du capitalisme est fondée sur la crise de la valorisation de la forme-valeur.[11] L’effondrement du capitalisme résulterait d’une crise objective de la médiation-valeur, que nous présenterons à la section 2 et pour laquelle la croissance économique n’est plus possible.

Dans un texte fondateur qui annonce l’essentiel de l’analyse qui reviendra dans les textes de la wertkritik, Manifeste contre le travail, les auteurs s’emploient à réactiver la théorie marxienne de la valeur en montrant que le travail humain, seule source de valeur, est compromis dans le contexte de la révolution micro-électronique entamée vers 1970 dans l’économie occidentale. Ce faisant, c’est la valeur, médiation sociale centrale du capitalisme, qui serait menacée de disparition sous l’effet de la concurrence qui contraint les capitalistes à se départir de la seule source possible de la valorisation qu’est le travail vivant, le remplaçant par un appareil productif automatisé. La financiarisation du capitalisme en serait le symptôme : progressivement incapable de créer de la valeur à partir de la force de travail, les produits financiers basés sur l’anticipation d’un profit futur se sont massifiés, mais ne pourront empêcher la chute inéluctable de la valeur et du capitalisme avec elle :

La consomption de travail présent est remplacée par la consomption du travail futur, laquelle n’aura plus jamais lieu. Il s’agit en quelque sorte d’une accumulation de capital dans un ‘futur antérieur’ fictif. Le capital argent qui ne peut plus être réinvesti de manière rentable dans l’économie réelle et ne peut donc plus absorber de travail doit progressivement se rabattre sur les marchés financiers.[12]

Critique d’inspiration marxienne cherchant à démontrer l’inéluctabilité de l’effondrement capitaliste, nous verrons dans la prochaine section que la wertkritik n’est pas le seul mouvement théorique à emprunter une telle voie.

1.2 La décroissance : Critique et dépassement du productivisme

Sans emprunter le même vocabulaire, une partie du courant contemporain de la décroissance, surtout français, a une origine similaire à celle de la wertkritik, c’est-à-dire une critique du développement productiviste ayant essentiellement emprunté les mêmes formes dans l’Ouest capitaliste qu’à l’Est socialiste et s’étant répandu sur toute la face du monde par l’effet de l’impérialisme. Là où la wertkritik pose que dans le capitalisme contemporain, la croissance capitaliste (c’est-à-dire basée sur la valorisation de marchandises) n’est plus possible, nous verrons que le courant de la décroissance tend à insister sur le fait qu’elle n’est pas souhaitable, quand bien même elle serait encore possible à court terme. À long terme, cependant, l’épuisement des ressources contraindra les sociétés à adopter d’autres modes de développement, ce pourquoi, pour les objecteurs de croissance,[13] ce qui est en ce moment une préférence éthique deviendra bientôt contrainte pratique :

Si les limites de la planète ont été effectivement outrepassées, la décroissance n’est plus une option volontaire. C’est-à-dire qu’elle n’est pas seulement une idée à laquelle nous pourrions nous rallier selon nos préférences philosophiques ou politiques, mais un cours inéluctable du changement social imposé par la force des lois de la nature.[14]

La plupart des théoriciens français de la décroissance s’accordent pour dire que c’est l’échec des promesses du développement durable (conjugaison du développement social, économique et de la soutenabilité écologique) qui explique en partie le regain d’intérêt pour ce discours depuis le début du XXIe siècle, ses origines étant plus lointaines. Ne formant pas un courant unifié, on trouve autant chez les «objecteurs de croissance» un discours «négatif» annonçant l’inéluctabilité d’un effondrement soudain de la civilisation occidentale que «positif» qui, par un nouveau rapport à la consommation, défend une continuité du bien-être humain par la décroissance économique.[15] À l’heure actuelle, il est difficile de faire un portrait du mouvement de la décroissance. Regroupé autour de revues, d’associations se rencontrant périodiquement, la décroissance n’est pas une organisation établie. Un corps relativement unifié d’analyses et de concepts fonde l’unité du mouvement : par exemple, l’analyse du capitalisme comme phénomène sociohistorique total qui oblige à une critique du capitalisme en tant que tel :

La décroissance est donc la négation du capitalisme, système socioéconomique pris comme phénomène dominant s’alimentant de la modernité tant dans ses versants économiques (l’accumulation) que culturel (l’homo oeconomicus).[16]

Évidemment, on ne saurait passer sous silence, au chapitre des inspirations de la décroissance contemporaine, le rapport The Limits to Growth de l’équipe de Dennis Meadows et qui, à partir de modèles mathématiques formalisant l’évolution économique et ses impacts environnementaux à l’échelle mondiale, prévoyait la fin de la croissance.[17] Mais une partie de l’origine de ce courant prend sa source dans une critique du marxisme. Pour le «marxiste réformé» Serge Latouche, le mouvement s’inscrit définitivement dans l’histoire longue de la critique du capitalisme, marxiste, anarchiste et chrétienne,[18] s’auto-percevant comme un point de rupture dans l’histoire de cette critique récusant non seulement les injustices distributives du capitalisme, mais son cœur analytique qui est la croissance de la production,[19] ouvrant la voie à une critique du marxisme orthodoxe. Ainsi, pour Latouche, le marxisme politique a partagé avec ses ennemis bourgeois les mêmes présupposés croissancistes :

Si néanmoins la crise est une bonne nouvelle, c’est qu’elle est susceptible de nous sortir de cette schizophrénie […] celles des chefs d’États […] celle aussi de la gauche social-démocrate, communiste, trotskiste et autre, qui s’est engouffrée dans la trappe du compromis keynéso-fordiste. […] La croissance est ce qui a permis aux pays occidentaux de faire l’économie de la révolution sans affronter le problème de fond du partage et de la justice.[20]

Pour Timothée Duverger, les sources intellectuelles de ce mouvement sont multiples mais une figure, celle de Gorz, illustre de façon paradigmatique le mouvement ayant donné naissance à la décroissance contemporaine, soit une origine marxiste qui s’en singularise néanmoins par une critique radicale de sa forme classique. Après un passé marxiste, Gorz va, alors même qu’il élabore les fondements de son écologie politique, s’éloigner du marxisme traditionnel en constatant l’épuisement de la conscience de classe tout en reconnaissant l’impossibilité d’une rupture radicale qui s’inscrirait dans les rapports sociaux capitalistes. À cet égard, l’objectif de l’écologie politique de Gorz apparaît être la négation du travail tel que défendu par le marxisme traditionnel plutôt que son accomplissement :

Le travailleur ne s’identifiant plus à son travail du fait de l’automatisation et de la robotisation des tâches, la conscience de classe disparaît. Il ne s’agirait plus pour lui de se réapproprier le travail en s’attaquant à la plus-value, mais de nier le travail lui-même perçu comme aliénation.[21]

Chose certaine : «La décroissance n’est pas compatible avec le capitalisme et le capitalisme n’est pas compatible avec la croissance.»[22] Mais que signifie, au fond, la «décroissance»? Qu’est-ce qui, exactement, doit décroître? C’est à l’économie, entendue comme système matériel écocide de production de marchandises et comme idéologie apologétique qu’on s’attaque. La critique est donc double : le discours de légitimation économique et la croissance matérielle réelle qu’elle justifie («Économie», chez les décroissants, et «capitalisme», sont des équivalences sémantiques et il est rare de lire chez eux une distinction entre les deux concepts.[23]) :

Ces textes reposent sur la conviction que le monde existant ne peut aucunement résoudre les problèmes d’environnement auxquels il est de plus en plus confronté : que c’est le capitalisme (l’économie de marché) qui les engendre. […] La décroissance, ce n’est pas la décroissance économique, ce n’est pas la récession, c’est la décroissance de l’économie elle-même comme représentation idéologique dominante qui légitime son autonomie désastreuse à l’abri de toute attache et de toutes responsabilités normatives et collectives.[24]

À l’image de la wertkritik, la décroissance attaque de la société capitaliste toutes ses dimensions : économiques, sociales et idéologiques et son caractère historiquement situé, quoique invisibilisé par les théories libérales. L’idéal de la croissance est en effet déterminé historiquement dans la modernité capitaliste, naissant avec les Lumières françaises et écossaises, lesquelles voyaient dans le développement économique un moyen de réaliser leurs idéaux normatifs d’égalité et de liberté. Or, c’est sur le constat empirique qu’aucun de ces idéaux n’est remplie que la critique sur la viabilité de la croissance se construit chez les objecteurs de croissance. S’appuyant sur un rapport déterminé entre les hommes et la nature et des hommes entre eux, Serge Latouche explique que le développement économique, aujourd’hui mondialisé, a bien plu à voir avec une logique abstraite que les hommes auraient aliénés hors de leur contrôle, plutôt que procédant de l’intention malveillante des capitalistes, et qui consiste à transformer les rapports hommes-hommes et homme-nature en marchandise :

Le «développementisme» manifeste la logique économique dans toute sa rigueur. Le développement s’inscrirait dans l’histoire longue des rapports de l’Occident avec le reste du monde, ce serait un processus d’omnimarchandisation.[25]

L’économie politique marxiste traditionnelle doit être dépassée plutôt que réactivée. Pour l’économiste roumain Nicholas Georgescu-Roegen, reconnu par la plupart des objecteurs de croissance comme étant l’un des premiers contemporains à avoir posé l’inadéquation entre le développement et les limites biophysiques de la Terre, l’idée que la nature soit une source de valeur en principe inépuisable et que les ressources naturelles ne peuvent par elles-mêmes introduire de perturbations endogènes à l’accumulation capitaliste doit être rejetée comme prémisse présente autant chez les économistes néoclassique que marxistes :

Le fait, pourtant évident, qu’entre le processus économique et l’environnement matériel, il y a une continuelle interaction génératrice d’histoire ne revêt aucun poids pour l’économie orthodoxe. Il en va de même pour les économistes marxistes qui jurent au nom du dogme de Marx que tout ce que la nature offre à l’homme n’est qu’un don gratuit.[26]

S’il y a inéluctabilité de l’effondrement capitaliste, c’est que celui-ci porte en lui-même des contradictions insoutenables liées à sa consommation de ressources non-renouvelables, quoique le marxisme traditionnel serait un outil insuffisant à penser l’émancipation.

Nous sommes maintenant en mesure de voir que pour les deux courants étudiés, le capitalisme fait face à des contradictions indépassables, quoique pour l’un, celles-ci sont endogènes (valorisation) alors que pour l’autre, elles sont exogènes (bornes biophysiques). C’est sur cette divergence que nous allons nous concentrer dans la prochaine section. Nous comprenons également que, par-delà ces divergences, la wertkritik et la décroissance partagent une origine commune : à partir d’un horizon marxiste classique qu’ils critiquent, les deux courants se singularisent par une critique radicale du capitalisme qui ne pourrait se terminer que par sa chute.

  1. La fin de la société du travail et de la société capitaliste

Les deux courants ici étudiés prédisent tous deux la chute du capitalisme mais, par-delà cette convergence, nous verrons dans cette section que la limite au-delà de laquelle le capitalisme est voué à s’effondrer change selon les deux courants : d’un côté, c’est le processus immanent au capitalisme de valorisation du capital qui deviendrait impossible tandis que de l’autre, ce serait la limite biophysique de la terre qui, épuisée, ne saura plus fournir au capitalisme ses intrants nécessaires. Nous verrons que pour les deux courants, intrinsèque ou extrinsèque, cette borne ne pourra être adaptée ou dépassée par les mécanismes immanents du capitalisme.

  • La wertkritik et la crise de la valeur : la borne interne

En réitérant la pensée de Marx, non pas en l’«adaptant» à un capitalisme contemporain transfiguré par rapport à celui du XIXe siècle, la wertkritik a cherché à montrer la radicale pertinence des catégories marxiennes afin de démontrer l’inéluctabilité de l’effondrement du capitalisme de ses contradictions des suites de problèmes inhérents à la valorisation. Contre une lecture superficielle du capitalisme comme course aux «profits», Jappe détourne notre regard du profit considéré comme «épiphénomène» pour le réorienter vers la catégorie fondamentale de la valeur issue du travail humain, qu’il décrit ainsi :

[…] la valeur (qui contient la survaleur, et donc le profit), exprimée en argent, est le seul but de la production capitaliste. La production de «valeur d’usage» n’en est qu’un aspect secondaire. La valeur d’une marchandise est donnée par la quantité de «travail abstrait» qui a été nécessaire pour sa fabrication […] Moins une marchandise contient de travail, moins elle a de «valeur».[27]

Ici est décrit ce que la tradition marxiste a appelé la «loi de la valeur». Comme forme sociale abstraite ne pouvant exister que dans des rapports sociaux déterminés, la valeur d’une marchandise ne peut être activée que par le travail vivant d’un travailleur concret. C’est en tant qu’elle incarne une dépense d’énergie humaine moyenne relative à une norme qu’une marchandise a de la valeur, c’est-à-dire qu’elle représente une quantité d’énergie sociale dépensée.[28] Or, pris dans des rapports concurrentiels où les capitalistes tendent à automatiser la production pour l’accroître, le travail vivant est progressivement évacué afin de comprimer les coûts de production. Reprenant Marx, le «capital», c’est-à-dire le surcroît de valeur tirée de la circulation capitaliste, est une « contradiction en procès »  qui ne pourra être résolue qu’au moment où, en l’absence de travail, la valorisation basée sur celle-ci deviendra impossible :

Le capital est une contradiction en procès : d’une part, il pousse à la réduction du temps de travail à un minimum et d’autre part, il pose le temps de travail comme la seule source et la seule mesure de la richesse. Il diminue donc le temps de travail sous sa forme nécessaire pour l’accroître sous la forme du surtravail.[29]

Les capitalistes, motivés par leurs intérêts particularistes (quoique ces intérêts, d’origine sociale, ne dépend pas d’eux, toute praxis particulière étant déterminée sous le capitalisme par l’universalité abstraite de la valeur[30]) ne sont pas intéressés par la quantité de valeur sociale d’une marchandise, mais bien par leurs profits. Or le travail, rémunéré par le salaire, représentant un coût, ceux-ci sont donc enclins à le comprimer pour le remplacer par des machines. Ce faisant, la quantité totale de valeur à l’échelle sociale diminue et lorsque cette baisse aura dépassé un certain seuil, la viabilité même du capitalisme est menacée.[31] Pour Jean-marie Harribey, proche des thèses de la wertkritik sans pourtant s’identifier à elle, la crise financière de 2008, qui s’est exprimée phénoménalement comme une crise des profits, ne ferait qu’exprimer la difficulté actuelle à générer de la valeur :

[…] au-delà des apparences ou des phénomènes purement mimétiques, la crise de l’accumulation financière ne soit que l’expression exacerbée de la difficulté à produire et à réaliser de la valeur. Dit encore autrement, il n’y a pas, sur le plan macroéconomique et à long terme, de plus-value financière sans plus-value réelle.[32]

Or, la crise de la valorisation serait sur le point d’atteindre son paroxysme en cet âge de IIIe révolution industrielle, celle de la microélectronique. Les capitalistes développent la technique, c’est-à-dire l’application du savoir à la production, réduisant ainsi la part de travail vivant créateur de valeur pour chaque marchandise. Bien que le nombre total de marchandises augmente, la part de valeur qu’elles contiennent individuellement diminue : la course à la productivité capitaliste est donc dirigée de façon immanente vers la crise :

[…] au cours de la troisième révolution industrielle l’autocontradiction interne du capitalisme s’est intensifiée à un point tel que la méthode de production fondée sur la valorisation de la valeur est devenue de plus en plus intenable. Car au niveau de productivité atteint entre-temps, le travail immédiat dans la production de marchandises passe à l’arrière-plan par rapport aux conditions sociales générales et à l’application du savoir à la production de valeur.  […] les potentialités de la production de richesse matérielle ne sont plus compatibles avec la fin en soi étroite et bornée de la valorisation du capital.[33]

En résumé, ce que rencontre le capitalisme dans cette trajectoire, c’est une limite interne, immanente au processus lui-même, celle du travail humain devenu contraignant pour une valeur qui, paradoxalement, en dépend. En somme la borne du capitalisme, c’est le capital :

Le travail devient tend à devenir toujours plus superflu, ce que semble attester le phénomène du chômage de masse en Occident depuis une trentaine d’années  […] Le travail restant par ailleurs la seule source de valeur, la production capitaliste bute nécessairement sur une limite interne […].[34]

Pour la wertkritik, analyser le néolibéralisme comme une singularité ne fait ainsi pas de sens si on n’interprète pas la compression des coûts de production (attaques aux droits syndicaux, modération salariale, etc.) comme la manifestation phénoménale des limites indépassables de la valorisation du capital[35] poussée dans ses derniers retranchements, ceux de la valorisation purement financière.[36]

Dans leurs analyses, les théoriciens de la wertkritik n’esquivent pas la crise écologique, qu’ils relient à l’analyse de la crise de la valeur. C’est en effet par le truchement d’une même dévalorisation que, mettant de côté le travail humain et engendrant du chômage, le capitalisme cherche à contenir la crise de la valeur en produisant plus de marchandises, créant ainsi plus d’objets porteurs de valeur, exploitant ainsi davantage les ressources naturelles de la planète. Ce qui est essentiel à leur analyse, cependant, est que la dégradation écologique n’est pas un accident du capitalisme, une contrainte accidentelle qu’il rencontre mais que comme logique, comme totalité, le capitalisme est déterminé de façon immanente par une trajectoire de croissance dont le seul terme possible est la destruction environnementale. Pour la wertkritik, la «nature» ou, autrement dit, les ressources naturelles, n’ont pas de valeur en elles-mêmes. Pourtant, comme matériau essentiel à la production de marchandises, elles sont comme une «forme» prête à recevoir la valeur, entendu que les marchandises dématérialisées n’ont de valeur que lorsque liées à des marchandises produites par du travail vivant concret. Déterminée à produire de la valeur via les marchandises au risque de s’effondrer, la logique abstraite du capital qui détermine la conduite de la société capitaliste oblige celle-ci à consommer toujours plus de ressources, sans limitation extrinsèque. Au fond, considérer une limitation de la consommation des ressources environnementales et la valorisation marchande simultanément dans une même société ne ferait pas de sens puisque la surconsommation est exigée par la logique de la valorisation. Valeur et écologie sont nécessairement exclusives :

[…] dans la société où la marchandise s’est totalisée, il se crée une tension sous-jacente entre les considérations écologiques et les impératifs de la valeur en tant que forme de richesse et de médiation sociale. […] Ce dilemme et la tension dans laquelle il s’enracine sont immanentes au capitalisme ; leur résolution définitive restera impossible aussi longtemps que la valeur sera la forme déterminante de la richesse sociale.[37]

En résumé, il devrait être clair maintenant que, pour les théoriciens de la wertkritik, les impasses de la valorisation constituent ce qui entraînera le capitalisme à sa perte, ce qui ne signifie pas nécessairement l’émancipation sociale, la crise pouvant être l’occasion d’un leadership politique fasciste ou, tout simplement, la disparition des conditions de la vie sociale sur la planète. Déterminé à s’effondrer, le capitalisme est ainsi limité par une borne interne, ce qu’aurait révélé la crise de 2008 :

[…] la crise de l’automne 2008. […] a donné tout d’un coup raison à l’aspect de la critique de la valeur qui avait toujours suscité le plus d’incrédulité, à gauche comme à droite : l’affirmation qu’il existe une limite interne à la production capitaliste.[38]

2.2 La décroissance et la crise écologique : une borne externe

Pour le courant de la décroissance, le capitalisme est autant condamné que chez les théoriciens de la wertkritik. Quand bien même on insiste davantage sur les limites naturelles sur lesquelles se bute le productivisme, à assimiler dans notre monde contemporain au capitalisme devenu le système mondiale de régulation économique, nous verrons que c’est la dynamique même du capitalisme qui est viciée pour la décroissance, ce qui devient clair lorsqu’on examine la critique du développement durable. On rejette cette approche qui tente de conjuguer développement économique, social et développement environnemental sur la base de l’argument de l’effet «rebond», observé déjà au XIXe siècle par l’économiste anglais Stanley Jevons. Par ce concept, on dénote la tendance pour un individu à consommer davantage une fois muni d’une technique économisant les ressources, que ce soit parce que la consommation est objectivement moins dispendieuse ou, subjectivement, par la conviction que le simple fait d’utiliser une telle technologie constitue l’essentiel de ce que nous devons faire pour économiser les ressources.  À cet égard, l’idée que le «développement» puisse être «durable» ne fait aucun sens.[39]

D’emblée, les objecteurs de croissance sont catégoriques : ultimement, la décroissance, comprise au sens négatif de recul du PIB, est inévitable : « […] la diminution de l’empreinte écologique des pays surdéveloppés, et par conséquent du PIB, sera une nécessité écologique pour éviter les catastrophes environnementales […] ».[40] Le développement infini, notion propre à l’Occident moderne n’est pas possible, entendu que les ressources qui permettent le développement ne sont pas elles-mêmes infinies. Au chapitre des limites biophysiques que le développement économique entraînera nécessairement, on peut aussi souligner les émissions anthropiques de CO2 qui, si la tendance d’accumulation de ces gaz dans l’atmosphère se maintient, produirait selon le GIEC des dérèglements climatiques imprévisibles et nuisibles pour l’humain.[41]

Pour Georgescu-Roegen, les ressources naturelles sont au centre de la production capitaliste en tant qu’intrants nécessaires à la production, lesquelles génèrent des « déchets sans valeur ».[42]  Complètement intégré dans la biosphère, le capitalisme ne peut, en dépit des tentatives de se désencastrer, perdurer dans le temps dans un monde où les ressources, épuisables, devront éventuellement cesser de fournir des intrants :

Si elle n’est pas nécessairement contre certains projets de modernisation écologique, l’approche de la décroissance considère néanmoins que le keynésianisme écologique ne peut que différer pour quelques temps (des décennies, des années) l’inévitable effondrement d’un système économique basé sur la croissance illimitée dans un monde biophysique limité.

La production capitaliste aura ainsi nécessairement un terme, celui de l’épuisement des ressources qui permet la croissance. En ce sens, pour les objecteurs de croissance, la décroissance n’est pas un choix alternatif parmi d’autre : elle est l’horizon indépassable de la civilisation, que ce soit sous une forme catastrophique ou réflexive c’est-à-dire choisie, assumée et au service de la justice social.[43]

Concluons cette section en présentant rapidement une des critiques adressées à la décroissance par la wertkritik. Là où le fossé théorique est, pour un théoricien comme Kurz, infranchissable, c’est que la décroissance, portée selon lui par les classes moyennes privilégiées, refuserait de prendre au sérieux le problème intrinsèque au capitalisme des limites de la valorisation, repoussant celles-ci au niveau d’une borne externe naturelle :

C’est aussi à l’intérieur de cette contradiction qu’évolue l’idéologie écologiste qui est appuyée par une partie des classes moyennes et qui ne veut parler des limites du capitalisme que dans le sens d’une limite externe des ressources naturelles, tandis que la limite interne du travail abstrait et de la valorisation de la valeur n’est perçue que dans un sens tronqué (Les limites de la croissance [Meadows]) ou parfaitement refoulée, parce qu’on veut soi-même participer, de façon «écologique», à la gestion de crise.[44]

Pour, Jappe, non seulement les objecteurs de croissance seraient trop flous quant aux causes de la croissance inconsidérée, mais celle-ci serait intrinsèquement liée à la dynamique du capitalisme mal analysée par la décroissance. Ceci dit, Jappe concède aux objecteurs de croissance d’avoir compris que la crise écologique n’est qu’une facette d’une crise plus large : économique, écologique et énergétique.[45]

  1. La dénaturalisation des catégories structurantes de la pratique : critique de l’ontologie du travail et de l’anthropologie développementaliste

Dans cette section, nous voudrions montrer que, chacune à leur manière et sur un objet qui est leur est propre, la wertkritik et la décroissance participent d’un même élan critique de certaines catégories naïvement envisagées comme «naturelles» et qui rendent compte de l’agir des agents sociaux dans le capitalisme : alors que la wertkritik s’emploie à critiquer du marxisme traditionnel l’«ontologie du travail» faisant des catégories comme le «travail» des données transhistoriques pour insister plutôt sur l’historicité des médiations structurantes de la pratique, la décroissance va elle essayer de montrer l’historicité des catégories anthropologiques occidentales faisant du développement économique une donnée naturelle. Aborder la critique du discours dans cette section nous aidera à poursuivre et conclure avec notre dernière section puisque, comme nous le montrerons, les deux courants estiment que la critique des catégories est un préalable essentiel à la conceptualisation d’une pratique politique radicale qui serait conséquente avec ses ambitions théoriques.[46]

3.1 Critique de l’ontologie du travail

Nous le disions plus haut, la wertkritik naît à partir du moment où la tradition intellectuelle du marxisme traditionnel est attaquée. Alors que celle-ci faisait du conflit capital-travail la base politique du combat des travailleurs pour obtenir davantage de la plus-value créée, la wertkritik critique de cette base le fait qu’elle ait posé, à l’instar du libéralisme classique et de l’économie politique bourgeoise, ces catégories comme propres à l’ontologie d’un «homme» universel, et non au contexte historique particulier du capitalisme. La tendance du capitalisme et de son discours apologétique serait de dé-historiciser ces catégories, leur faisant revêtir une apparence ontologique d’éternité et d’essentialité fausse, l’objectif de la critique étant donc de ramener les catégories capitalistes à leur juste statut historique et relatif :

Au fur et à mesure que le capitalisme se développe, toute la vie individuelle et sociale, partout sur le globe, prend l’empreinte du mouvement autonome de l’argent. Cela a pour conséquence que «le travail vivant n’apparaît plus qu’en tant qu’expression du travail mort autonomisé» alors que le travail (abstrait), né seulement avec le capitalisme, est désormais posé de façon anhistorique comme un principe ontologique.[47]

Plus que politique, c’est donc à une critique totale du «contexte systémique catégoriel»[48] des catégories utilisées pour interpréter la société que se livre des auteurs comme Kurz et Postone, contexte dans lequel la dualité gauche/droite traditionnelle serait enlisée : « Ce credo commun à toute la gauche suppose une compréhension positiviste des catégories capitalistes et leur acceptation en tant que donné ontologique. »[49] Par la critique des catégories fétichisées, c’est-à-dire porté à une existence indépendante de la conscience quand bien même son existence dépend de la pratique, Jappe nous dit qu’il s’agit là d’une étape nécessaire à toute pratique. Or, le programme de la critique est ambitieux en tant qu’il s’agit de montrer comment les rapports de production capitalistes, en tant qu’ils supposent une productivité basée sur la valorisation abstraite et l’appropriation technoscientifique de l’appareil productif, induit des formes, des processus et des idéologiques de domination spécifiques.[50] Tant que la conscience ne sera pas libérée du fétiche, nulle action émancipatrice n’est possible :

Lutter pour rompre avec ces formes ancrées dans toutes les têtes, enlever à l’argent et à la marchandise, à la concurrence et au travail, à l’État et eu «développement», au progrès et à la croissance leur air d’innocence et d’évidence relève des luttes théoriques qui se situent au-delà de l’opposition figée entre théorie et praxis.[51]

Dans cette perspective critique, le prolétariat ne peut figurer au rôle d’agents révolutionnaires, la critique des médiations capitalistes montrant au contraire qu’en tant que sujets de la pratique, les travailleurs représentent un terme essentiel des rapports sociaux capitalistes qui eux-mêmes structurent la conduite des sujets d’une manière déterminée, antinomique à la praxis révolutionnaire.[52] En ce sens, critiquer le capitalisme ne fait pas de sens en isolant ses composantes et en les critiquant séparément. Il s’agit plutôt de montrer le caractère total, cohérent de ce système contraignant la pratique, comment  « La forme de richesse spécifique au capitalisme se constitue comme une abstraction réelle qui agit comme une norme objective de régulation de la pratique sociale. »[53]

3.2 La critique de la Mégamachine

Dans la critique qu’elle fait du discours et des catégories mobilisées pour justifier le développement économique et qui est envisagé comme préalable essentiel à la pratique, le courant de la décroissance n’est pas très loin de la wertkritik. Il est vrai qu’ici, c’est moins aux catégories strictement «capitalistes» que l’on s’attaque. Néanmoins, c’est à une dénaturalisation du travail productif de marchandises qu’on se livre ainsi qu’à une remise en question du discours économique sur la société. En effet, dans la décroissance, on voit qu’avant d’être une praxis, la décroissance doit d’abord passer par une critique théorique envisagée comme autant sinon plus radicale que les pratiques post-capitalistes elles-mêmes, dont l’objectif est d’extirper l’apparence d’«évidence» du discours économique : « […] un retour à une vie économique bonne, sensée ou morale passe par une déconstruction de l’appareil culturel ou de l’imaginaire du capitalisme. »[54] Cette critique ne doit pas être seulement portée contre le capitalisme, mais contre l’entièreté de la société de croissance.

En parlant de «croyances» plutôt que de «médiations», terme dénotant moins d’objectivité, la critique des catégories semble plus aisée à accomplir pour les objecteurs de croissance, pour qui elle apparaît comme exercice subjectif, tandis que dans la wertkritik, les médiations d’une société ne peuvent être niées qu’avec la société elle-même en tant que les deux sont objectivement et réellement liées :

Pour concevoir la société de décroissance et y accéder, il faut littéralement sortir de l’économie. Cela signifie remettre en cause la domination de l’économie sur le reste de la vie en théorie et en pratique, mais surtout dans nos têtes. Cela doit certainement entraîner une Aufhebung (renonciation, abolition et dépassement) de la propriété privée, des moyens de production et de l’accumulation illimitée du capital.[55]

Nous verrons à la section 4 que la décroissance envisage la pratique politique comme accessible à l’individu : c’est donc dire qu’autant la critique que la pratique se résolvent par l’intermédiaire de l’individu. C’est donc dire qu’une critique des catégories est un passage obligé de la pratique, comme chez les théoriciens de la wertkritik, sans pour autant que pour ces-derniers elle puisse immédiatement passer par la pratique individuelle. Chez les objecteurs de croissance, c’est à la puissance performative du discours économique comme réussissant réellement à transformer la société à son image qu’on s’attaque. C’est en ce sens qu’on peut interpréter l’appel de Latouche à «décoloniser» l’imaginaire, c’est-à-dire à se déprendre de la puissance performative du discours économique et de ses catégories inculquée aux individus par une culture développementaliste totalisante (la Mégamachine, c’est-à-dire une culture de fausse rareté visant, de façon purement autoréférentielle, sa propre reproduction[56]) avant d’envisager sa transformation. Cette critique du discours économique doit convaincre du caractère insensé de la croissance pour la croissance afin qu’une fois cette évidence perdue, une nouvelle pratique soit possible.

  1. Quel projet politique?

Une fois diagnostiquée, par quel moyen la crise sociale et écologique peut-elle être surmontée? Dans cette section, nous verrons que les deux mouvements, différemment organisés politiquement, sont confrontés aux mêmes apories lorsqu’il s’agit de traduire la critique d’un discours totalisant en un mouvement devant attaquer une logique aussi générale que le «développement» ou la «valorisation capitaliste».

4.1 Apories d’une politique de la «dévalorisation»

Principe de synthèse sociale par excellence subsumant sous sa logique l’essentiel des liens sociaux, il semble impossible pour la wertkritik qu’un lien social libéré du fétiche capital survienne tant que celui-ci ne sera tout simplement pas aboli. De façon générale, on pourrait dire que le projet politique «à long terme» de la wertkritik consiste en ce que Marx appelait l’«administration des choses», c’est-à-dire une planification autoréflexive de la production, vouée à remplir les besoins concrets de l’humanité, soustrayant donc la production à la logique de la valorisation. Il va sans dire qu’une telle planification ne pourrait fonctionner que dans le cadre spatial de la valorisation capitaliste contemporaine, c’est-à-dire l’ensemble de la planète. Elle ne pourrait se matérialiser qu’au sein de conseils autogérés, mais tel qu’expliqué à la section précédente, la condition de possibilité logique de ce projet est d’abord soumise à une critique radicale de l’ontologie capitaliste :

Le but ne peut qu’être une société de conseils et d’autogestion conçue au-delà de la masculinité et de la féminité, au-delà de la forme marchandise et de la forme-argent, au-delà du marché et de l’État, au-delà de la politique et de l’économie. Pour pouvoir concrétiser cet objectif, la critique doit d’abord prendre conscience du niveau de développement atteint par la crise capitaliste et donc, pour sa part, attaquer consciemment sous une forme transnationale la souveraineté et le «développement national».[57]

Ainsi, pour la wertkritik, la façon appropriée de confronter la logique mourante de la valorisation, qui risque d’ailleurs, en provoquant paupérisation et replis nationaux, de se traduire en dérives racistes et antisémites, est de former des mouvements auto-organisés devant porter leurs revendications sur la satisfaction des besoins concrets de l’humanité,[58]  revendications qui dépasserait la logique de la production marchande, de la valorisation et récuserait l’idéal moderne des Lumières, expression de l’ontologie capitaliste.[59] Il va sans dire que loin de reconduire les catégories de marchandise et de capital, une telle société post-capitaliste, rendue possible en principe par la détermination même du capitalisme comme système historiquement dynamique fragilisant ses propres bases,[60] ne reconduirait pas les catégories de «marchandise» et de «travail» mais les abolirait.[61]  Volontiers anti-étatistes dans leurs discours, les théoriciens de la wertkritik donnent à des mouvements sociaux encore à construire la tâche de critiquer directement les contradictions du capitalisme, auxquelles doivent être opposées la logique des besoins humains. Chez Kurz, l’action politique directe, portée par des individus concrets, n’est pas complètement disqualifiée. L’est, par contre, la démocratie représentative, les institutions étant complètement imbriquées à la logique sociale totalisante de la valorisation, de sorte que les institutions parlementaires sont assimilées à l’«autre face du rapport capital.»[62] Toute transformation politique dépend de la sphère pratique, mais celle-ci est subordonnée à des conditions structurelles surdéterminant sa réussite ou son échec, c’est-à-dire que la logique de la valorisation est prééminente par rapport au volontarisme révolutionnaire :

Aucun développement social ne se fait de façon automatique – il requiert une action décisive. Par ailleurs, aussi longtemps que la société est soumise à une dynamique aveugle, comme c’est assurément le cas sous le capitalisme, l’action est liée à des conditions structurelles préexistantes.[63]

De tels mouvements n’existant pas encore (chez Kurz du moins), la tâche politique de la wertkrikik demeure théorique, c’est-à-dire que sa tâche en est une de «dévoilement» des contradictions indépassables de la valorisation capitaliste à l’aide d’une critique résolument catégorielle montrant les contradictions propres aux catégories dialectiquement liées entre elles.

Pour Jappe, il serait paradoxal de vouloir penser l’émancipation du capitalisme par l’action volontariste des ouvriers, ceux-ci étant des sujets sociaux spécifiquement créés par celui-là. Fidèle au raisonnement dialectique qu’il tente de réintégrer dans la critique sociale, Jappe nous dit que le sujet-ouvrier participe, par son travail, à l’entretien du capitalisme et des rapports sociaux qui en découlent et qui produisent les ouvriers. Ceux-ci ne sont donc pas la négation potentielle du capitalisme, mais son élément co-constituant , leur pratique étant médiatisée par les catégories fétichisées de la société capitaliste dont ils participent à la reproduction. La tâche politique visant l’émancipation en serait une de critique des médiations fétichisées, chosifiées, celle notamment du circuit du capital A-M-A1 qui, dominant la logique sociale, fait de la valeur le «sujet» de la société et le travail, son «objet». En ce sens, la critique politique doit être une critique du fétichisme total de la société marchande, où les rapports sociaux médiatisées par la quantification apparaissent entre choses marchandes, de sorte que « Les personnes sont chosifiées et les choses pour ainsi dire personnifiées ».[64] Jappe revendique l’autonomie de la théorie et de la critique des catégories capitalistes par rapport à la praxis émancipatrice[65] comme préalable nécessaire à toute tactique qui abolira les médiations abstraites du capitalisme plutôt que de les reconduire, leur abolition étant la seule émancipation possible. En ce sens, des atomes isolés comme les coopératives d’économie solidaire, soumises à une valorisation qui les obligeront à contraindre les salaires pour faire face à l’épuisement de la valeur, ne peuvent offrir d’alternatives. À une crise catégorielle doit être opposée une critique catégorielle, dans l’attente, sans doute, que les mouvements sociaux s’en saisissent :

Critique catégorielle sans réassurance ontologique et crise catégorielle comme limite strictement objective à la production de survaleur se conditionnent mutuellement : tout comme, à l’inverse, se conditionnent mutuellement toute critique tronquée (qui ne va pas jusqu’aux fondements du capital) et le postulat selon lequel la production de survaleur est capable de se régénérer à l’infini.[66]

4.2 Une émancipation de la praxis

La décroissance offre-t-elle un projet politique plus substantiel? Nous verrons qu’en dépit du fait qu’elle insiste davantage sur le rôle des individus, sur l’impératif éthique de se «déprendre» de la consommation et de renouveler la praxis, la décroissance peine elle aussi à élaborer un projet politique substantiel, se concentrant plutôt sur la proposition d’une direction que la société productiviste devrait prendre. Au chapitre des revendications, Andreu Solé résume ce contre quoi se battent les objecteurs de croissance :

[…] la croissance économique, la marchandisation, la loi du profit et du marché, la société de consommation, l’idéologie du progrès, pour un nouveau monde caractérisé par : la démocratie, la solidarité, la vie simple, la relocalisation de la vie économique, la croissance des relations humaines.[67]

Mais là où, pour la wertkritik, la crise de la société capitaliste relève de lois objectives et que la question de la praxis anticapitaliste est rarement thématisé, la décroissance se distingue de cette forme d’objectivisme en se focalisant sur l’acte subjectif de la consommation de la part des sujets cherchant à résister à la culture de la croissance, conceptualisation ainsi une nouvelle praxis, que Marion définit comme « […] l’expression subjective de l’intentionnalité et de l’agir d’un être particulier.»[68] Le projet politique de la décroissance, chez Latouche notamment, constate le caractère objectif d’une socialisation poussant les individus à la consommation et cherche donc une resocialisation qui agira comme une déprise de la consommation : « La décroissance reste foncièrement un phénomène d’anticonsommation ».[69] À cela est corrélatif l’idée radicale de produire moins plutôt que de façon plus co-responsable avec l’objectif final de donner aux individus leur « […] autonomie auto-productive à travers une sortie graduelle du capitalisme par sortie du travail aliéné […] »[70], au sein de communautés serrées, orientées localement, reconstruites autour de projets de productions écologiques et gérées selon les principes de la démocratie directe :

Si Latouche ne croit pas qu’il soit possible de renverser la domination capitaliste de manière frontale, il pense néanmoins que l’individu peut et se doit d’entrer en dissidence avec le système. Donc, la stratégie de reconstruction locale ne consiste pas à préserver un développement économique régional, mais plutôt à permettre la contestation sociale à travers une nouvelle autonomie collective qui débouchera à terme vers la société de décroissance conviviale.[71]

Au fond, c’est par l’intermédiaire de l’individu devenu autonome au sein d’une communauté désaliénée que le projet final d’une refondation des institutions sociales est envisagé chez Latouche :

Latouche croit que la société post-développement devra être la résultante d’une utopie, tant le projet de la décroissance est aux antipodes des approches économiques dominantes. Ainsi, il propose l’adoption de comportements qui donneront aux individus les conditions de son affranchissement du système économique pour envisager ensuite une suite du monde. Ce projet trouvera sa finalité dans la démocratisation locale du politique et de l’économique à travers le renouvèlement et la transformation des institutions fondatrices de la société.[72]

En se concentrant ainsi sur la centralité de l’individu dans la pratique transitoire vers l’après-développement, passant par exemple par des formes de revenu minimal garanti qui réduirait le temps de travail (opérant une désocialisation par rapport au productivisme), une propriété socialisée (plutôt qu’étatisée) des moyens de production utilisées en commun,[73] les objecteurs de croissance ne théorisent pas d’emblée une stratégie globale, préférant intégrer une multitude de tactiques en principe valides à condition qu’elles conduisent à dés-essentialiser le développement. C’est d’ailleurs ce manque de traitement théorique du moment de la transition effective vers l’après-croissance qui constitue, selon Marion, le point faible théorique des objecteurs de croissance,[74] la question de l’État étant également ambigüe, certains y voyant un levier nécessaire à la localisation des activités économiques tandis que pour d’autres, il est incompatible avec une société débarrassée de la logique marchande. D’ailleurs, loin d’être un simple projet de justice écologique, un théoricien comme Latouche insiste pour dire que la décroissance doit également comprendre un projet de justice sociale : « Survie sociale et survie biologique paraissent ainsi étroitement liés.»[75] Là où les théoriciens de la wertkritik voient dans la crise de 2008 un épisode des contradictions indépassables du capitalisme, dépassant les volontés individuelles de sorte qu’il est impossible de prévenir le prochain épisode à l’intérieur du système catégoriel, certains objecteurs de croissance voit dans le recul du PIB occasionné par une crise non pas la décroissance accomplie (Latouche le répète régulièrement, la décroissance exige une société de décroissance), mais l’opportunité de revaloriser les réseaux économiques locaux et se ressaisir de la souveraineté, comme le formule l’objecteur de croissance et essayiste Hervé-René Martin :

Que pourrait-il arriver de mieux aux habitants des pays pauvres que de voir leur PIB baisser? […]  Plus celui-ci augmente, plus la nature est détruite, plus la nature est aliénée […] Décroître pour les habitants des pays pauvres signifierait donc préserver leur patrimoine naturel, quitter les usines à sueur pour renouer avec l’agriculture vivrière, l’artisanat et le petit commerce […].[76]

La décroissance, avant qu’elle ne soit subie par tous, devrait être choisie et la plupart des objecteurs de croissance insistent sur la distinction qualitative forte entre les deux, l’une objectivement déterminée, l’autre, subjectivement assumée.[77] Ceci dit, ce groupe reconnaît également le rôle surdéterminant des logiques sociales qui, si elles ne sont pas remplacées ou abolies, ne sauraient donner lieu à des alternatives à la société de croissance. En ce sens, une société de décroissance n’est possible que si est intégrée massivement une «logique de la décroissance»[78] qui ré-encastrerait la logique économique à des normes sociales immanentes, au sens d’une oikonomia,[79] (au sens d’une régulation normative et sociopolitique consciente de la collectivité) elle-même nécessairement postérieure à l’exercice critique retirant à la logique développementaliste tout caractère de nécessité objective. Concrètement, cela pourrait signifier de remplacer la logique monétaire surdéterminant l’équivalence dans les échanges par des systèmes de dons et de contre-dons de services. Tel serait, pour Latouche, la définition d’une société «conviviale» : « […] société où l’on réintroduit l’esprit du don dans le commerce social à côté de la loi de la jungle et où l’on renoue ainsi avec la philia (l’amitié) aristotélicienne. ».[80]

  1. Conclusion

Au terme de cet examen, il apparaît que la décroissance conviviale et la wertkritik, s’ils se distinguent quant à l’identification du type de borne limitant historiquement la possibilité du capitalisme, se rejoignent quant à leurs origines et sur l’idée d’une critique catégorielle devant précéder la théorisation d’une pratique anticapitaliste, ultimement postcapitaliste, qu’elle soit individuellement accessible ou non. Si, pour d’autres, la possibilité d’une telle pratique est disponible d’emblée, nous croyons que la présentation des arguments propres à ces deux courants montre qu’une telle pratique n’est pas évidente si elle n’a pas préalablement identifié le système catégoriel la contraignant objectivement dans la société postmoderne.

Charles Guay-Boutet

Département de sociologie, Université du Québec à Montréal

 

Bibliographie

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  1. Articles de périodiques

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éléments pour une théorie critique des structures sociales du capitalisme avancé, Conférences de la Chaire MCD. En ligne. «www.chaire-mcd.ca»

[1] Nous nous concentrerons, dans ce texte, au courant français de la décroissance, se caractérisant, croyons-nous, par une critique anthropologique et éthique de la croissance. À cet égard, nous n’aborderons pas le courant de recherche de l’économie écologique, dont les rapports avec l’école française de la décroissance sont réels, quoique complexes.

[2] Notons que, pour des fins de concision, nous présentons les analyses de la décroissance comme un bloc relativement unifié cherchant à dépasser le capitalisme. Or, pour certains chercheurs, certains théoriciens de la décroissance ne peuvent offrir de voie de dépassement du capitalisme, seule la résistance étant possible. Voir SCHEPPER Bertrand, Le concept de décroissance économique chez Serge Latouche : une résistance au capitalisme, Mémoire de maîtrise, Département de science politique de l’UQAM, Mai 2014, p. 12.

[3] Éric Pineault, « Au-delà de l’expressionisme et du marxisme : éléments pour une théorie critique des structures sociales du capitalisme avancé ». Conférences de la Chaire MCD. En ligne : «www.chaire-mcd.ca», p. 1-2.

[4] Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, Mille et une nuits, Paris, 2009, p. 81.

[5] Anselm Jappe, Révolution contre le travail? La critique de la valeur et le dépassement du capitalisme, Cités, 2014/3, no 59, p. 105

[6] Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, Op. Cit., p. 21.

[7] : Anselm Jappe, Crédit à mort! La décomposition du capitalisme et ses critiques, Lignes, 2011, p. 134-135

[8] Richard Poulin et Patrick Vassort (dir.), Sexe, capitalisme et critique de la valeur, M éditeur, Coll. «Marxismes», Mont-Royal, 2012, p. 76

[9] Anselm Jappe, L’Avant-garde inacceptable : Réflexions sur Guy Debord, cité in Robert Kurz, Critique de la démocratie balistique, La gauche à l’épreuve des guerres d’ordre mondial, no 1, trad. Luc Mercier et Olivier Galtier, Mille et une nuits, 2006, p. 16,

[10] Anselm Jappe, Crédit à mort, Op. Cit., p. 34-35.

[11] Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, Lignes, 2011, p. 113.

[12] Manifeste contre le travail, p. 25. En ligne.

[13] Pour le reste du texte, c’est ainsi que nous nommerons les théoriciens et militants se réclamant de la décroissance soutenable.

[14] Yves-Marie Abraham, Louis Marion et Hervé Philippe (dir.). Décroissance versus développement durable, Débats pour la suite du monde, Écosociété, Montréal, 2011, p. 202.

[15]  Ibid., p. 188,

[16] Timothée Duverger, La décroissance, une idée pour demain, Éd. Sang de la terre, 2011, p. 96.

[17] Voir Yves-Marie Abraham, Les mirages de la croissance, p. 130, in Bernard Élie et Claude Vaillancourt (dir.) L’Économie toxique : spéculation, paradis fiscaux, lobby, obsolescence programmée, M éditeur, Coll. Mobilisations, 2014.

[18] SCHEPPER Bertrand, Le concept de décroissance économique chez Serge Latouche : une résistance au capitalisme, Op. Cit., p. 21.

[19] Serge Latouche, Survivre au développement, p. 10, Mille et une nuits, 2004, p. 10.

[20] Latouche, La décroissance est-elle la solution à la crise? Écologie et politique, 2010, no 40, p. 55.

[21] Timothée Duverger, La décroissance, une idée pour demain : Une alternative au capitalisme, Op. Cit., p.  120,.

[22] Louis Marion, Comment exister encore? Op. Cit., p. 139

[23] Andreu Solé, Développement durable ou décroissance, Le point aveugle du débat,  p. 21-22, in Yves-Marie Abraham, et. Al., Op. Cit., 2011.

[24] Ibid.

[25] Thimothée Duverger, La décroissance, une idée pour demain : Une alternative au capitalisme, Op. Cit., p.  120,

[26] Nicholas Georgescu-Roegen, La décroissance, Entropie, Écologie, Économie, trad. Jacques Grinevald et Ivo Rens, Éd. Sang de la terre, Les dossiers de l’écologie, 1995. p. 54

[27] Anselm Jappe, Une histoire de la critique de la valeur à travers les écrits de Robert Kurz, in. Éric Martin & Maxime Ouellet, La tyrannie de valeur : Débats pour le renouvellement de la théorie critique, Écosociété, Montréal, 2014. p. 57

[28] in Richard Poulin et Patrick Vassort (dir.),  Sexe, capitalisme et critique de la valeur, Op. Cit. p. 90

[29] Karl Marx, , Grundrisse, Tome 3, Éd. Anthropos, trad. R. Dangeville, 1968, Paris, p. 343

[30] Louis Marion, Comment exister encore? Capital, techno-science et domination, Écosociété, Montréal, 2015. p. 113

[31] Ibid.

[32] Jean-Marrie Harribey et Matthieu Montalban, Pouvoir et crise du capital, Introduction, Éd. « Le Bord de l’eau», Coll. «L’économie encastrée», 2012, p. 11-12

[33] Ernst Lohoff et Norbert Trenkle, La Grande Dévalorisation, trad. Paul Braun, Gérard  Briche et Vincent Roulet, Post-éditions, 2014, p. 118. C’est nous qui soulignons.

[34] Yves-Marie Abraham, Comment arrêter l’automate? In Martin et Ouellet, Op. Cit., p. 226.

[35] Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, Op. Cit., p. 80.

[36] Ibid., p. 317

[37] Moishe Postone, Temps, travail et domination sociale, Op. cit., p. 459-460.

[38] Anselm Jappe, Crédit à mort, Op. Cit., p. 12. C’est nous qui soulignons.

[39] Catherine Beau-Ferron, L’abstraction ou le détachement du monde, p. 48, in Yves-Marie Abraham et. Al., Décroissance versus développement durable, Op. Cit.

[40] SCHEPPER Bertrand, Le concept de décroissance économique chez Serge, Op. Cit., p. 73.

[41] Ibid., p. 19.

[42] Nicholas Georgecu-Roegen, La décroissance, Op. Cit., p. 55.

[43] Yves-Marie Abraham, Les mirages de la croissance, Op. Cit., p. 131.

[44] Kurz, Vies et mort du capitalisme, Op. Cit., p. 158-159.

[45] Jappe, Crédit à mort!, Op. Cit., p. 189, 193.

[46] SCHEPPER Bertrand, Le concept de décroissance économique chez Serge Latouche,, Op. Cit., p. 30.

[47]   Richard Poulin et Patrick Vassort (dir.), Sexe, capitalisme et critique de la valeur, Op. Cit., p. 92

[48] Ibid., p. 93

[49] Kurz, Vies et mort du capitalisme, Op. Cit., p. 109.

[50] Richard Poulin et Patrick Vassort (dir.), Sexe, capitalisme et critique de la valeur, Op. Cit., p. 51

[51] Anselm Jappe, Crédit à mort, Op. Cit., p. 65.

[52] Postone, Marx est-il devenu muet? Op. Cit., p. 64

[53] Ouellet et Martin, La tyrannie de la valeur, Op. Cit., Introduction, p. 15

[54] SCHEPPER Bertrand, Op. Cit., p. 61.

[55] Serge Latouche, Survivre au développement, Mille et une nuits, 2004, p. 96

[56] SCHEPPER Bertrand, Op. Cit., p. 61.

[57] Robert Kurz, Critique de la démocratie balistique, La gauche à l’épreuve des guerres d’ordre mondial, trad. Luc Mercier et Olivier Galtier, Mille et une nuits, 2006, p. 42. C’est Kurz qui souligne.

[58] Ernst Lohoff & Norbert Trenkle, La Grande Dévalorisation, Op. Cit., p. 334

[59] Robert Kurz, Critique de la démocratie balistique, Op. Cit., p. 14-15.

[60] Postone, Marx est-il devenu muet? Op. Cit., p. 31

[61] Ibid., p. 64

[62] Robert Kurz, Vies et mort du capitalisme, Op. Cit., p. 78.

[63] Ibid., p. 101

[64] Anselm Jappe, Crédit à mort, Op. Cit., 16.

[65] Ibid.

[66] Ibid., p. 110.

[67] Andreu Solé, Développement durable ou décroissance, le point aveugle du débat, Op. Cit., p. 21.

[68] Louis Marion, Comment exister encore? Op. Cit., p. 32

[69] Timothée Duverger, Demain la décroissance, Op. Cit., p. 99.

[70] Ibid., p. 117.

[71] Ibid., p. 94.

[72] Ibid., p. 74.

[73] Louis Marion, Comment exister encore? Op. Cit., p. 153

[74] Ibid., p. 144.

[75] Latouche, Survivre au développement, Op. Cit., p. 92.

[76] Cité in Latouche, La décroissance est-elle la solution à la crise? Écologie et politique, 2010, no 40, p. 52

[77] Ibid., p. 54.

[78] Ibid., p. 57.

[79] SCHEPPER Bertrand, Le concept de décroissance économique chez Serge Latouche, Op. Cit., p. 22.

[80] Latouche, cité  in SCHEPPER Bertrand, Op. Cit., p. 43

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